Dans le vif, une mise en scène de l’ordinaire

Alban de Tournadre

Les spectateurs sont invités dans un lieu précis : un atelier, un site industriel, une cuisine privée ou collective, le jardin d’un particulier, un terrain de pétanque ou la place du marché. Le public assiste à un spectacle écrit spécifiquement pour ce site et ses occupants.

Ils exécutent leurs actions habituelles, modifiées et réorganisées. C’est une mise en scène de l’ordinaire. Dans chaque lieu d’implantation, une nouvelle forme est inventée en relation étroite avec les personnes qui y participent. Dans le vif tente de rendre visible une poésie de l’ordinaire et invite le spectateur à une perception attentive du monde.

Il offre une nouvelle relation au réel et propose un cadre d’expérience « en proximités » où les personnes sont au cœur de l’action et des échanges culturels.

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Dans le Vif - captation du travail de Yohann Leroy, boulanger

Alban de Tournadre :

J’ai des pratiques très variées, j’essaye de développer un travail qui articule à la fois le sonore, le plastique, et le vivant. Mon parcours a fait que j’ai toujours mêlé un petit peu tous ces outils et que ça continue. Alors des fois, c’est compliqué à gérer mais le projet aussi repose là-dessus.

Son parcours

J’ai fait la formation supérieure d’art en espace public à Marseille, la FAI-AR, qui se concentre sur la création en espace public, et ce projet Dans Le Vif est issu de cette formation. Il a été formulé et construit pendant ce temps-là.

Ce projet a un sous-titre : Une mise en scène de l’ordinaire, un projet complètement contextuel, c’est-à-dire qu’il se réinvente complètement sur chaque site différent.
Les intentions globales sont simples, l’objectif est de donner à voir le réel, de permettre à un public de le regarder mais pour ça, il faut le structurer, l’organiser, parvenir à en faire un spectacle.
Le désir initial repose sur des fascinations, sur des émotions esthétiques éprouvées devant des choses très simples, très anodines voire banales. Notamment dans la petite ville du sud de la Haute-Garonne dans laquelle j’ai grandi, où à un moment donné, on regarde passer une petite dame sous un lampadaire et on trouve ça génial. La question générale est comment on peut partager cette émotion-là, des questions très simples, très petites.

La forme

Ce projet, c’est avant tout un spectacle qui s’invente pour un site. Ça peut être une boulangerie, une grosse entreprise du BTP, ça peut être une place de village ou une ferme, c’est très large. Le public est invité sur le site, à regarder ce qu’il va se dérouler, et les acteurs de ce qu’il va se dérouler sont les occupants, les habitants de ce lieu. Plus moi qui joue aussi dedans, plus une écriture sonore et lumières où toute la matière est aussi fabriquée sur le site, travail de prise de son, de montage, de composition qui structure ce projet.

Toute la partition est écrite et articule tous ces outils ensemble. L’idée générale quand j’écris cette perception là, c’est finalement de troubler la perception que le spectateur peut avoir du réel, et qu’à un moment donné, il trouve ce qui est écrit et ce qui ne l’est pas.
En général, la sensation qu’il a, est inversée par rapport à la réalité, grâce notamment à l’insertion dans la partition de formes d’anomalie ou d’étrangeté.

Le processus de travail

C’est un processus très long, avec un temps de présence forcément long, parce que ça repose sur une rencontre humaine, sur un travail fin, délicat avec des gens qui sont dans leur vie de tous les jours et moi, dans ma vie de créateur.

La première chose consiste à choisir le site, étape la plus délicate. Comment choisir un site et les personnes qui sont dedans et qui vont jouer dedans. C’est quelque-chose d’assez lent, je passe du temps à me promener dans le village, dans les lieux de vie, au bistrot, à regarder où est-ce qu’on pourrait placer un public, etc.

Il y aussi les réalités de terrain, il y a des endroits délicats dans lesquels il ne faut pas aller, et d’autres endroits délicats dans lesquels il faut aller.
Et puis aussi les désirs de l’organisateur qu’il est important de prendre en compte.

Je récolte, je fais des images, je prends du son, ça place aussi un rapport de travail et de rencontre avec les personnes.

Et la troisième étape, c’est vraiment d’écrire, de structurer tout ça, là je vise des durées de 30, 40 minutes sachant que pour l’instant, ça n’a pas encore été fait.

Et ensuite, il y a tout un travail de répétition où la partition forcément bouge, et se décale complètement. Et on arrive sur des représentations où on invite le public sur le site avec toute un question aussi de comment le public va arriver, comment il va sortir, ce qu’il va se dérouler après.

Il y a un rapport de délicatesse à avoir avec les personnes et les lieux dans lesquels je vais. J’arrive souvent comme un cheveu sur la soupe, je traine pendant un petit moment devant les maisons, devant les endroits, et à un moment, les gens demandent : « Mais, en fait, qu’est-ce que tu fais ? » Et là, je commence à raconter mais doucement... Il y a une forme de rencontre qui se fait très progressivement, très lentement. Je suis très précautionneux avec ça.
Ce qui est intéressant, c’est que ça fait des partages de réalité.

Voici la vidéo d’une étape de travail assez ancienne, qui ne correspond pas tout à fait à ce qui se fait aujourd’hui, mais plutôt une énonciation...

https://vimeo.com/108764280

Fred Sancerre, Derrière Le Hublot : sa rencontre avec Alban

Ce qu’on a partagé avec Alban, c’est l’amour des petites choses simples, l’amour de nos voisins et la curiosité pour leurs gestes, pour ce qu’ils sont. Je crois que c’est là-dessus qu’on a accordé du temps à la rencontre et qu’on s’est croisé, et que Derrière le Hublot soutient ce projet.

Au-delà de cette question de simplicité, ce que j’aime dans le travail d’Alban, c’est qu’après par contre, autant le travail est très simple, autant il aime se coltiner la réalité du terrain, les gens tels qu’ils sont. Par exemple, ce boulanger, dans cette vidéo, c’était pas simple d’y aller. Aujourd’hui, la ferme dans laquelle il travaille, ce n’est pas simple.

Il y avait dans ces villages-là, des gens parfois que les journalistes nomment « les bons clients », mais il aime aussi chercher l’adversité dans le rapport avec les personnes avec qu’il travaille.

Chaque fois que je découvre cette vidéo, j’ai l’impression de découvrir plus un jongleur qu’un boulanger mais en même temps, derrière cette transformation du quotidien qu’Alban va triturer, va perturber, je trouve qu’il enrichit le quotidien.

Et du coup, que ce soit avec le boulanger ou les autres expériences qu’Alban a menées, finalement, ça va vers une ambition dans tout projet implicatif. Il n’accompagne peut-être pas beaucoup de familles, mais il les accompagne à révéler ce que chaque personne a de plus beau dans son intime.

Au niveau de l’esthétique, quand je vois Arts de la Rue, je crois qu’Alban fait partie des nouvelles écritures dans l’espace public, ça veut dire que ce sont des arts de la rue effectivement, mais en même temps, c’est une nouvelle forme à la croisée de la création sonore, d’un travail plastique et du vivant.

La production par Alban de Tournadre

Jusque là, le travail a été séquencé pour pouvoir le mettre en place par chantiers de travail et aujourd’hui tout se réunit progressivement. Ça a été accompagné par Derrière Le Hublot mais aussi par d’autres structures comme La Diagonale, les Elvis Platinés, Scènes Obliques en Isère et le GMEA à Albi.

La sortie de création est portée au 23 octobre 2016, dans les environs de Capdenac-Gare, dans un petit hameau, on présentera la première partie de ce travail.

Distribution

  • Mise en scène, composition sonore, scénographie, jeu : Alban de Tournadre et Marie Lelardoux
  • Jeu : participant(s) au projet
  • Collaborations : Jean-François Vrod et Jordi Gali

Ont participé à cet événement :

Participant Fonction Structure
Alban DE TOURNADRE
Fred SANCÈRE
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